Les professions de foi des différents candidats à l’élection présidentielle sont arrivées dans les boîtes aux lettres. Egalité oblige, l’ensemble des documents obéit aux mêmes règles : 4 pages au format A4. Le seul moyen de se différencier, outre le contenu, réside dans la mise en page et le choix des photos. On imagine assez bien les briefs donnés aux photographes par les équipes de campagne :

  • Nathalie Arthaud

« Il faut contraster avec l’énergie pugnace que la candidate met en avant à la télévision. On veut du sourire, du sourire et du sourire ! Sur la dernière page, comme le texte met en avant les mots assez durs (Affirmer, Rejeter, Refuser, Dénoncer…), il faudra double dose de sourire pour faire passer : on a qu’à prendre une photo avec Arlette où on imagine qu’elles vont boire un café en terrasse en refaisant le monde après la manif. »

 

  • François Asselineau

« Il faut du portrait qui en jette qui montre que c’est pas un petit candidat marginal : lumière douce et bien dosée, un joli arrière-plan de nature où on devine un petit mas de Provence dans le fond. Si on entend les cigales en regardant la photo, ça fera passer l’absence de sourire. Et pas grave si on a plus de budget pour faire d’autres photos, on met le paquet sur une seule ! »

 

  • Jacques Cheminade

« La photo doit montrer que c’est un candidat pas comme les autres. Du coup, faisons tout différemment : coupons la photo au dessus du front, il faut qu’il donne l’impression de marcher et d’être statique à la fois, tout en souriant sans sourire. Là on va se démarquer ! »

 

  • Nicolas Dupont-Aignan

« Misons sur le story telling ! Il faut suivre Nicolas partout : quand il rencontre des vignerons, des agriculteurs, des ouvriers, des enfants ! Sans oublier de glisser un clin d’œil solennel au Général de Gaulle. Et prends une photo où il fait des papouilles à son chien, ça peut nous ramener les suffrages des fans de Brigitte Bardot. »

 

  • François Fillon

« Il faut afficher une posture solide mais un peu anxieuse avec un environnement calme mais pas trop radieux. On doit imposer avec subtilité une sorte d’inquiétude rassurante. Pour la photo à l’intérieur, pas de directive particulière mais prends une photo sans costume ! »

 

  • Benoît Hamon

« La photo principale doit avoir du punch, avec un sourire franc et un regard pétillant ! N’hésite pas pencher un peu la silhouette pour apporter du dynamisme, ça devrait plaire aux idéalistes ! Par contre, il faudra plaire aux pessimistes aussi, alors pour une deuxième photo fais l’inverse : enferme le dans un bureau en bois sombre, dos à la lumière et oblige-le à tenir un stylo de façon crispée. »

 

  • Jean Lassalle

« Il faut montrer qu’il est grand, de stature gaullienne alors il faut de la contre-plongée. Gardons le côté naturel, pas bien éclairé pour montrer qu’on est une candidature un peu artisanale. Et à la fin, fais lui tomber la veste, il sera content ! »

 

  • Marine Le Pen

« Il faut de la communication à double sens pour plaire à notre électorat du plus souple au plus dur : un sourire doux mais avec les dents serrées par exemple ! On avait pensé à faire poser Marine de façon détendue mais au milieu d’une rangée de canons, c’est possible ? Et il ne faut pas oublier une photo avec un animal pour les fans de Brigitte Bardot ! »

 

  • Emmanuel Macron

« L’important est de montrer que c’est un candidat suivi, entouré. Il faut quand même le faire poser en costume bleu foncé avec chemise bleu clair comme tous les autres. Par contre s’il sourit, ça risque de ne pas plaire à ceux qui veulent qu’il soit sérieux. Et s’il est sérieux, cela ne va pas plaire à ceux qui veulent qu’il sourit. Vous pouvez faire un entre-deux ? Pour les autres photos, le stagiaire va se débrouiller en recadrant vite fait des photos d’une banque d’images. »

 

  • Jean-Luc Mélenchon

« Il faut casser l’image du candidat qui se laisse emporter, le portrait doit inspirer le calme, la plénitude. Il faut qu’il soit insoumis mais serein. Pour les autres, faites des photos insoumises mais bien classiques, qui restent bien dans les clous. Il faut que ça reste insoumis mais institutionnel. »

 

  • Philippe Poutou

« Philippe n’a pas envie de faire de photo, donc on n’a qu’à prendre la photo sur fond rouge qu’on a prise l’autre jour en plein soleil à midi, c’est pas grave s’il a l’air gêné par la lumière. Puis on en mettra une autre pendant une manif avec Besancenot, ça permettra aux gens de mieux situer le candidat. Point important : ne pas oublier de bien créditer les photographes sous chaque photo, qu’on ne se fasse pas accuser d’utiliser le travail des autres sans reconnaissance. »

By | 2017-04-21T19:32:50+00:00 avril 20th, 2017|Portrait, Stratégie|